Intervention de Monsieur André ROSSINOT

Inauguration de l’exposition-dossier : Roland GRÜNBERG-Gravures

Samedl 21 avril 2007 -- Musée Lorrain


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Après le Président de la Société d'Histoire de la Lorraine et du Musée Lorrain --récemment reconduit dans ses fonctions-- nous nous réjouissons d'accueillir ici un familier des lieux, un artiste d'envergure, établi à Nancy dès sa 12ème année et dont tout le parcours suscite une admiration partagée de ses amis, des amateurs éclairés et du grand public, que l'historien Henri CLAUDE a bien exprimée dans ses textes.

La personnalité de Roland GRÜNBERG se caractérise par la constance d'un talent hors pair, une force de travail et d'inspiration, la diversité de ses centres d'intérêt, la passion de la connaissance, autant de qualités qui en font un «Encyclopédiste d'aujourd'hui », un esprit universel, resté évidemment fidèle à ses racines polonaises.

Roland GRÜNBERG a toujours participé étroitement à l'essor de notre vie culturelle, à travers la présentation de ses oeuvres, au Club des Arts, au Goethe Institut, à l'Association Culturelle juive, à la Médiathèque (avec une exceptionnelle rétrospective en l'an 2004), ou encore à travers sa participation à toutes les aventures, du Festival Mondial du Théâtre et de la Revue du Théâtre universitaire, mais aussi NJP et la Biennale Internationale de l'Image.

Je voudrais souligner le fait que celui dont les gravures figurent non seulement au Musée Lorrain, mais au Musée des Beaux-Arts et à la Médiathèque de Nancy, à Besançon, à Strasbourg et Paris, et partout ailleurs au sein de collections publiques prestigieuses de nombreux pays, ne pouvait recevoir plus bel hommage, il y a presque 50 ans, déjà, que l'éloge de Philippe SOUPAULT et de Jean COCTEAU, dont la formule, parlant de lui en disant «le réaliste de l'Irréel», est une vraie trouvaille, et constitue une empreinte de son oeuvre.

Il y a quelque temps, c'était Rémi MALINGREY qui était ici. Aujourd'hui c'est toi, Roland GRÜNBERG, influencé par ta culture yiddish de l'Europe centrale, héritier du Siècle des Lumières, survivant de l'holocauste et de la SHOAH, témoin exceptionnel de notre temps, qui te trouves à juste titre mis à l'honneur.

Tout ton travail nous plonge dans un univers poétique, onirique et tourmenté qui fait de toi le continuateur d'une longue tradition lorraine, avec CALLOT, GRANDVILLE ou Victor PROUVE, passés maîtres dans l'art de la gravure, cet outil populaire de diffusion de l'information, qui a connu son heure de gloire avec le colportage, ancêtre de la Bande Dessinée

Je voudrais aussi que nous puissions, à travers cette exposition, montrer l'intérêt, moins de 2 ans après la célébration du 250ème anniversaire de la naissance de la communauté juive de Nancy, d'une exposition qui annonce et préfigure (merci à Eric MOINET !), la création prévue en 2008, d'un Département d'art juif autour des communautés juives de Lorraine, appelé à faire du Musée Lorrain, par l'importance de son fonds, le 2ème de France après le Musée d’Art et d'Histoire du Judaïsme de Paris.

Je voudrais, ta modestie dût-elle en souffrir, évoquer tes valeurs d'altruisme, de courage, de désintéressement, de générosité qui ont toujours été au coeur de ta vie et de ton action ; tu es aussi un formateur, un pédagogue hors pair, fin lettré, capable de passer avec un égal bonheur et une apparente facilité d'une discipline à une autre, épris de justice et de tolérance, un véritable «honnête homme», au sens du XVlllème et de la Renaissance,

Je voudrais aussi mettre en avant l'extraordinaire destinée de celui qui s'est nourri et inspiré aux sources des plus grands auteurs et graveurs pour nous proposer sa grille de lecture de notre société, son interprétation du monde, pour nous appeler à un devoir de vigilance et d'indignation face aux barbaries, aux extrémismes et aux totalitarismes de toutes natures.

Et puis, Roland, je voudrais te remercier, au nom de la communauté culturelle et de la Ville, pour ce don de lithographies et d'eaux-fortes venant enrichir le Cabinet d'art graphique, témoignage d'une générosité que nous connaissons bien et qui fait de toi, acteur majeur de la scène artistique, grâce à la sincérité de ton engagement et à l'humanisme de ta démarche, une personnalité exceptionnellement attachante.

Et comme le Professeur CLAUDE n'est pas là, vous m'autoriserez à citer quelques lignes de sa présentation. Il dit :

«Lors de son parcours, le visiteur de cette exposition s’arrêtera sans doute longuement sur les oeuvres les plus graves et le message qu'elles portent. De son enfance cachée, inquiète et sans cesse menacée, de son adolescence cruellement frappée par la maladie, Grünberg a tiré une leçon de courage :

«Végéter noyé d'ombre ou plutôt s'arracher» ; « Lève-toi, racine, et vole !... »

Aussi va-t-il avec opiniâtreté lutter contre toutes les agressions, les injustices et la sécheresse de coeur, dire sa confiance dans le triomphe de la vie, la fraternité et la concorde universelle, le droit à la diversité et la tolérance, rendre hommage à tous les sages, à tous les Justes, à Maïmonide, lumière du judaïsme, guide des égarés comme au philosophe arabe Averroës, son exact contemporain et, au-delà des différences de races et de religions, aux cinq Prix Nobel de la Paix que furent Albert John Lutuli, Mgr Desmond Tutu, Nelson Mandela, Martin Luther King et le Dalaï Lama.

Dans sa réflexion sur la créature humaine sans cesse humiliée, déchirée, disloquée mais toujours reconstruite, sur «l'Homme de cendres et de lumière», il convoque, en même temps que la Bible, le Talmud ou les berceuses yiddish du ghetto, confiant dans le pouvoir libérateur des mots comme en celui des images, il convoque les philosophes, les écrivains, les poètes, Dostoïevski, Mickiewicz, Kafka, Apollinaire, Saint-John Perse, Paul Celan, Max Jacob mort à Drancy, Robert Desnos mort à Terezin, tous ceux qui l'ont ému et ont accompagné son Espérance.»

Et Henri CLAUDE conclut en disant :

« Aucune muraille --dit une de ses premières images-- n'empêche de monter vers la lumière »

Et, mon cher Roland, pour symbole de la Lumière, si tu veux bien l'accepter, je voudrais te remettre la Médaille d'or de la Ville de Nancy ; la luminosité de la Place Stanislas, je pense, sera pour nous une petite récompense par rapport aux trésors que tu nous as donnés.